Marie, Le Signe

Nous sommes au mois de mai.
Dans le souvenir de mes oreilles le mois de mai résonne toujours de ce chant sucré que les « bonnes sœurs » tentaient d’apprendre à nos gossiers d’enfants de cinq ou six ans  « C’est le mois de Marie, c’est le moi le plus beau … »

Le retable de Saint-Marc a-t-il quelque chose à nous dire à propos de Marie ?

Ceux qui me connaissent un peu savent à quel point le retable de l’église Saint-Marc me captive. Il m’apparait comme une véritable superposition de sens qui permet une multitude de méditations. Aujourd’hui, alors que nous abordons le huitième dimanche sans  célébration c’est dans cette église que je voudrais vous ramener, en esprit.

Replongeons-nous quelques instants en imagination devant ce retable. Pour nous y aider, j’ai extrait les images qui accompagnent ce texte de quelques photos prises à l’une ou l’autre occasion.

Partons d’une première clé de lecture :

  • Au centre le Christ en gloire, le Ressuscité.
  • Sur sa gauche l’évangéliste Marc défini par le lion.
  • A sa droite Marie, sa mère.

Ils sont tous deux importants comme l’indique la plateforme montée sur colonnes qui soutient chacun d’eux. La Femme, l’Homme chacun a sa part dans la Gloire du ressuscité.

Regardons plus en détail. En lisant le retable à partir de l’Évangéliste (continuant vers la droite, puis vers le bas puis vers la gauche) une scène sur deux est une scène d’Homme. De même en partant de la Femme une scène sur deux est une scène de Femme.

Homme et Femme, destins croisés dans le plan de Dieu.

Mais n’allons pas plus loin dans ce développement et tentons d’entrer dans ce que l’artiste voulu nous dire sur Marie.

A la droite du Christ en Gloire se trouve Marie, la Femme, elle-même assise en majesté sur son trône et désignant le Christ de deux doigts tendus signifiant ses deux natures et de trois doigts relevés pour signifier la Trinité. Avant de revenir plus précisément sur elle et pour nous faire une idée de ce que le retable nous dit d’Elle, parcourons les trois tableaux à l’apparence d’icônes qui nous en parlent.

D’abord, et c’est frappant, il nous faut constater qu’il manque deux illustrations majeures de la dévotion populaire à Marie : la Pietà et l’Annonciation. Nous pouvons donc penser que l’artiste n’a voulu nous parler ni de la souffrance de la Mater Dolorosa ni de l’acte de Foi du Fiat de la Vierge. C’est de la vie de Marie, la femme, que l’artiste nous parle en nous offrant ces trois tableaux :

La Nativité

Dans « La Nativité »  il nous demande de méditer, comme le fait Joseph dans le coin gauche du tableau, le mystère de cet accouchement.

Marie accouche de Jésus, elle lui donne son corps, elle donne corps à Dieu.  Elle devient la mère physique du Fils.

Elle protège d’ailleurs le corps emmailloté de ce nouveau-né en faisant barrage de son corps, en s’interposant entre Lui et nous.

En même temps elle nous (symbolisés par les deux femmes à droite) Le confie pour que nous prenions soin de Lui.

Les Noces de Cana

L’accouchement se poursuit. Marie a suivi Jésus de près, a veillé sur lui, sur sa croissance, s’est fait un sang d’encre lorsqu’il restait au Temple au lieu de les suivre. D’ailleurs ce goût du Temple et des écritures n’est-ce pas elle qui le lui a instillé, elle que la tradition désigne comme pupille du Temple:

* Marie sait que le monde a besoin de Lui. « Ils n’ont plus de vin ».
* Elle convoque les hommes à l’obéissance de son Fils qui vient : « Faites ce qu’il vous dira ».
* Marie le pousse dans la « vraie vie » malgré ses protestations « Mon heure n’est pas encore venue ! ». Et pourtant il a 30 ans, âge requis par la Loi pour devenir rabbin.

Marie ne protège plus Jésus, elle passe derrière Lui, elle pousse l’adulte à agir tout en s’effaçant derrière lui.

Marie se retire.
Jésus entre en scène.
L’accouchement de l’Homme-Dieu est achevé.

Les femmes au Tombeau

Puis en final il y a le tableau « Les Femmes au Tombeau ».
Marie n’y est pas.
D’ailleurs aucun des évangiles ne cite explicitement Marie parmi ces femmes myrophores, porteuses de parfum comme les appellent nos frères orthodoxes.

Marie s’est effacée, elle ne sera plus qu’une parmi les autres. Marie a donné corps à Dieu, c’est maintenant aux femmes, à toutes les femmes, à la femme en chacun de nous, de constater le tombeau vide, d’entendre l’annonce de l’ange et d’apporter la nouvelle de la résurrection aux hommes confinés dans leur deuil et leur peur.

Pour moi, en première lecture, ces femmes manifestent :

* l’écoute attentive de la bonne nouvelle, la femme de dos,
* l’humble émerveillement né de la transfiguration de la personne par l’assimilation du message, La femme toute lumineuse du centre.
* Dans le fond, le regard qui peut maintenant contempler naturellement les «choses venues d’en haut».

Mais ceci n’est qu’une approche très personnelle de ces tableaux, sources intarissables de sens qui se découvrent selon nos états. Je vous laisse avec d’autres questions. Pourquoi, par exemple, ce dernier tableau est-il le seul du retable où figurent des fleurs ? Ce tombeau vide ne répond-t-il pas, en diagonale, à la grotte de la nativité devant laquelle Marie a déposé son nouveau-né ? Et il y a tant d’autres éléments dans ces tableaux que je les laisse à votre réflexion et méditation.

Mais terminons là où nous avions commencé :

Marie, La Femme à la droite du Christ.

Supportée par un piédestal à colonnes, Marie est assise en majesté sur un trône royal. Je vous laisse le détailler, sa forme, ses pieds, ses yeux… et chercher dans ces détails les marques de sa Majesté.

L’artiste nous la représente à cheval sur ce qui semble être la terre et la mer ou plutôt la Terre et le Ciel. Trait d’union, elle se tient pour nous à la porte du Ciel. Toute son attitude se recueille dans son geste. Un geste ouvert qui nous indique avec calme et insistance l’orientation à prendre, la contemplation qui nous est offerte, le centre du Salut de notre être.

Elle est le signe qui fait signe. Marie n’est rien hors du Christ. Elle n’existe que par et pour Lui. Elle est celle qui donne corps humain à Dieu et permet à l’humain de se retrouver en Dieu.

Elle est signe (Znaménié disent les russes), Elle est Gardienne de la Porte du Ciel (Portaïtissa disent les grecs).

Comme moi vous savez qu’il existe une autre représentation de Marie à Saint-Marc ; quand il nous sera à nouveau possible de nous retrouver sur place, si on nous pose la question sur Marie à Saint-Marc, nous pourrons dire :

Là devant et Là derrière,
dans la Ténèbre et dans la Lumière,
sur le devant de la scène et en coulisses …
devant nous et en nous.


Prière à Marie Porte du Ciel :

Prière extraite de la Neuvaine à Marie Porte du Ciel.

Nous te prions,
Marie Porte du Ciel toujours ouverte ;
que par toi, se pose sur nous le regard de Dieu.

Aux malheureux, daigne porter secours.
Aux hésitants et aux petits, accorde ton assistance.
Réconforte les faibles,
protège les pauvres,
accompagne les abandonnés.
Que tous ceux qui célèbrent ta mémoire,
se réjouissent de recevoir ton aide.

Soutiens de ton intercession constante le peuple saint de Dieu.
Qu’enfin repose en nous, Mère toute bénie, la joie qui t’illumine
depuis que tu as mérité de porter le prix du monde,
Celui qui vit et règne éternellement,
Jésus-Christ à jamais Dieu et Seigneur. Amen !

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2 réflexions sur “Marie, Le Signe

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