Poussière ou Cendre ?

Comment vivre la liturgie du Mercredi de Cendres par ces temps de confinement ?
Sur réservation au plus tard le mardi 16 février à 18h et uniquement en téléphonant au 02/344 23 65
HORAIRES PROPOSES :
EGLISE SAINT-PIERRE : 08h30, 9h00, 9h30 – 12h00, 12h30 – 18h et 18h30 
EGLISE SAINT-MARC : 9h00, 9h30 – 18h et 18h30
EGLISE NOTRE-DAME DE LA CONSOLATION : 9h00, 9h30 – 18h et 18h30 
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Une méditation très personnelle

Depuis la plus haute antiquité, la cendre a été utilisée comme manifestation extérieure du deuil, de la tristesse, du repentir. Nous avons tous en mémoire la cendre sur laquelle s’assit le roi de Ninive en entendant la prophétie de Jonas (livre de Jonas 3, 6), et il y a tant d’autres passages de la bible qui évoquent cet usage de la cendre.

Est-ce donc l’imposition d’une marque de deuil, de tristesse ou de repentir que ce signe que depuis le quatrième siècle l’église nous propose comme rite liturgique d’entrée en carême ?

Est-ce pour enfoncer le clou et nous écraser encore plus que, pendant si longtemps, l’église a accompagné ce geste de cette citation arrangée de la Genèse (Genèse 3, 19)
« Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » ?

Ce qui me frappe c’est que dans ce verset de la Genèse Dieu dit à l’homme :
« C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain,
jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens ;
car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras. »
Il n’y a pas là condamnation, mais constatation d’une conséquence.
En effet, un peu avant, la Genèse nous a raconté (Genèse 2, 7) :
« Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ;
il insuffla dans ses narines le souffle de vie,
et l’homme devint un être vivant. »
Mais l’homme-créature a voulu devenir homme-dieu. Et donc Dieu constate que, puisque l’homme veut devenir dieu, il renie le Souffle de Vie que lui, Dieu, lui a insufflé et qui le fait vivre, en fait un être vivant.
Dieu respecte ce choix de l’homme qui, rejetant le don qu’il lui a fait du Souffle de Vie, a choisi de vivre par et pour lui-même, de se satisfaire de son être de poussière dans toute sa nudité et de devenir son propre dieu.

Finalement les paroles que nous entendons aujourd’hui, en remplacement de ce « tu es poussière … », dans la liturgie des cendres, sont la même constatation, le même état des lieux, mais … retourné et transfiguré par la Bonne Nouvelle que nous a apportée le Christ.
L’officiant nous dit

« Fais un demi-tour et vis de l’Esprit, le Souffle de Vie »

ou en des termes plus hermétiques, plus religieusement convenus, plus ecclésiastiquement convenables

« Convertis-toi et crois à l’Évangile ! ».

J’ai la certitude que l’impératif de cette phrase n’est en aucun cas un ordre, une injonction, mais bien un cri profondément jubilatoire. Ce « Fais demi-tour » veut dire « Ce qui était inconcevable est devenu vraie réalité : nous avons maintenant le pouvoir de nous retourner sur nous-même et d’assumer de revivre du don du Souffle de Vie ; incroyable Bonne Nouvelle !  Alliance renouvelée !».
Et ça, n’est-ce pas un sacré vaccin contre le virus de l’Orgueil, ce péché originel qui nous confine dans nos êtres de poussière divinisés ! ?

Mais revenons à nos cendres, leur application sur nos fronts par l’officiant n’est pas un acte isolé, un simple point de départ du Carême.
Avant d’être l’amorce d’un temps de retournement, de conversion, ce geste, si plein de tendresse, est surtout le point d’orgue d’une très belle symbolique liturgique commencée près d’un an plus tôt.

Chaque année, en évoquant ce geste de l’imposition des cendres, je me revois, lorsque revient la lumière tiède du début du printemps, déverser au pied de mes arbres et sur mon gazon les cendres du bois mort que j’ai consumé par le feu dans l’obscurité froide de l’hiver. Le bois mort est devenu, par l’effet de la flamme,  engrais pour la vie qui renaît. Le voilà rendu au jardin.

Les cendres imposées sur mon front sont pareillement le résidu de ces rameaux que j’ai agités, comme un vrai fan du Christ, dans la Joie de la Pâque, passée – que j’ai au cours de l’année laissé passer et s’affadir. Ces rameaux, privés peu à peu de mon enthousiasme pascal, se sont desséchés. Ils sont devenus poussière. Bons à jeter. Mais voilà que passés par le feu, leur poussière est devenue cendre, engrais pour ma vie en Dieu. Ce n’est plus de la poussière, c’est de la cendre et pas n’importe quelle cendre. Celle qui m’est redonnée pour me servir d’engrais pour un nouveau printemps sous la présence de Dieu. J’avais drapé ma nudité dans mon manteau d’orgueil et Dieu me tend à nouveau le vêtement des noces.

Au moment de boucler ce petit texte, me revient en mémoire une strophe d’un poème/chanson que Leonard Cohen, grand poète baigné dans sa judéité, consacrait aux noces de l’âme avec Dieu en paraphrasant la rencontre de Jeanne d’Arc avec le feu du bucher. Dans ces quelques lignes, mises en évidence ci-contre, le poète enserre le foyer brulant des noces par les réalités de la profondeur et de la hauteur, de la poussière et de la cendre, du cœur et du vêtement. Comprenne qui voudra.


Joan of Arc

Poème de Leonard Cohen

Now the flames they followed Joan of Arc
as she came riding through the dark;
no moon to keep her armour bright,
no man to get her through this very smoky night.

She said, « I’m tired of the war,
I want the kind of work I had before,
a wedding dress or something white
to wear upon my swollen appetite.

« Well, I’m glad to hear you talk this way,
you know I’ve watched you riding every day
and something in me yearns to win
such a cold and lonesome heroine.

« And who are you? » she sternly spoke
to the one beneath the smoke.
« Why, I’m fire,  » he replied,
« And I love your solitude, I love your pride. »

« Well then fire, make your body cold,
I’m gonna give you mine to hold, « 
saying this she climbed inside
to be his one, to be his only bride.

And deep into his fiery heart
he took the dust of Joan of Arc,
and high above the wedding guests
he hung the ashes of her wedding dress.

It was deep into his fiery heart
he took the dust of Joan of Arc,
and then she clearly understood
if he was fire, oh then she must be wood.


I saw her wince, I saw her cry,
I saw the glory in her eye.
Myself I long for love and light,
but must it come so cruel, and oh so bright?


Et au plus profond de son cœur brulant
Il prit la poussière de Jeanne d’Arc
et loin au-dessus des invités de la noce
il suspendit les cendres de sa robe nuptiale

et alors clairement elle comprit
S’Il
était feu, oh alors elle devait être bois.

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