Jeudi Saint, ou la double demande de Jésus

Homélie du Jeudi saint 2017

Chers amis, pas besoin de vous faire un dessin, nous vivons un temps de violence aveugle. Des morts partout, en Syrie, en Irak, en pleine célébration des Rameaux en Égypte, sur les trottoirs de Stockholm. Rien qu’en se limitant à ces derniers jours, la liste est longue, trop longue. Face à cette violence, une question nous vient à l’esprit : comment en sortir ?

Et bien la réponse à cette question est toute entière contenue dans la liturgie de ce soir. Écoutez bien.

Ce soir, très explicitement, Jésus nous fait une double demande : d’abord accueillir et accepter le don de Dieu, et ensuite aller vers les autres pour à notre tour donner ce que nous avons reçu. Ce double mouvement est typique de toute vocation chrétienne. Pour l’amour de Dieu : impossible d’essayer d’aimer comme le Christ me le demande si je n’ai pas commencé par accepter de me remplir de son amour pour moi. C’est aussi vrai pour ce summum de la miséricorde et du service qu’est le lavement des pieds.

D’abord accueillir la demande de Jésus de nous laver nos pieds. Accepter que le Roi des rois se mette à genoux devant nous, c’est franchement pas facile. Pourtant Jésus ne cesse de vouloir laver nos pieds. Laver ce qu’il y a de plus bas, de plus sale. Le Christ fait cette demande non seulement à chacun de nous, mais aussi aux exilés, aux réfugiés, mais aussi aux kamikazes djihadistes, aux poseurs de bombes, à Donald Trump, aux francs-maçons. A tous les hommes, tels qu’ils sont. Jésus veut laver tous ces pieds-là car c’est l’unique, je répète, l’unique moyen de salut pour nous sauver. Il le fait en signe ultime de sa miséricorde. Ce geste rejoint le corps et l’esprit, c’est-à-dire la vie entière. Ce Dieu qui s’est fait chair nous montre comment concrètement, avec notre corps, nous pouvons entrer dans le salut. (Il est frappant ici de constater que Jésus n’a pas fait de beaux discours. Il a mis un tablier et il y est allé. Sans crier gare. L’inverse de ce qui se passe souvent avec nous. Nous, nous faisons des projets pastoraux, on discute, on réfléchit, on soupèse, on se renseigne, pour finalement ne pas faire grand-chose. Jésus, lui, passe immédiatement à l’action)

Après cet accueil, il nous faut écouter la question que Jésus, qui est ici présent parmi nous, pose pour le moment à chacun personnellement : « Comme je me suis agenouillé devant toi, veux-tu maintenant toi aussi t’agenouiller devant mes frères en humanité ? » Écoutons bien cette demande. Elle doit rester dans nos cœurs, on ne peut pas l’oublier, ou faire la sourde oreille. Car là se trouve la réponse ultime à notre question du début : comment sortir de la violence qui nous entoure. Utopie direz-vous. Mais je vous le demande, êtes-vous venus ici pour célébrer une simple utopie, un mirage, ou le Dieu vivant ? Comme dit le Pape François, ce lavement des pieds est le départ d’une véritable révolution culturelle. Par sa demande de faire de même, Jésus veux faire de nous les artisans d’une nouvelle culture mondiale de la miséricorde. On veut bien, à la limite, laver les pieds des gentils. Mais laver les pieds des assassins, à l’instar de Jésus qui a lavé les pieds de Judas, cela ne coïncide pas du tout à nos schémas mentaux. Cela demande un changement de paradigme sur notre vision du monde. Ce changement de perspective, on en viendra à bout que si on commence par accepter que le Roi des rois s’agenouille devant nous. Et, si en vérité nous répondons ce soir (ne pas attendre) « oui » à sa demande de faire de même, ce ne sera finalement non pas nous, mais Jésus lui-même qui, par notre personne, va faire grandir dans le monde la culture de la miséricorde. Et vaincre cette violence qui nous oppresse.

En signe sacramentel de cette culture de la miséricorde, le prêtre qui préside cette célébration va maintenant laver les pieds de 12 frères et sœurs. Durant cet instant laissons résonner en nous la double demande de Jésus à notre égard.
Amen

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