La Sainte Trinité, ou l’anti-Narcisse

Homélie pour la solennité de la Sainte Trinité 2017

Depuis quelques décennies, on observe comment notre société occidentale contemporaine, qui revendique haut et fort le droit à la différence, rend en réalité très difficile tout accès à une véritable différence. Le lien social qui parvenait à relier des personnes très différentes éclate partout. Avec comme conséquences que l’on a difficile à vivre des relations autres que fusionnelles d’une part : « toi, tu es comme moi » ou alors de rejet d’autre part. Avec la théorie du genre, on minimise des facettes de la différence homme/femme mais par contre l’étranger est rejeté car différent. Au plan spirituel, on préfère se regarder soi-même, dans les horoscopes par exemple, plutôt que de reconnaître un frère en celui qui est différent de moi. Et malheur à une parole qui n’est pas « politiquement correcte ». Cela mène à quoi ? A une pensée unique, une manière de paraître et de consommer unique et mondiale, etc… Or, ce n’est que par l’acceptation de l’altérité, de la différence, qu’un amour vrai et adulte est possible. Sans cela, on reste bloqué à un stade archaïque de la relation, à un sentimentalisme narcissique qui à long terme devient toujours mortifère. Les anciens exprimaient cela par le mythe de Narcisse qui finit par se noyer dans le lac où il se mirait. En termes plus bibliques : c’est Babel que notre société a tendance à reconstruire.

Si je vous raconte cela, c’est parce que le mystère de la sainte Trinité, c’est exactement l’inverse. Cette fête de la Sainte Trinité vient juste après la Pentecôte, l’anti-Babel où les apôtres font l’unité dans la diversité des langues et des nations. Notre Dieu unique étant formé de 3 personnes, Il inclut donc au sein même de sa propre nature la diversité, l’altérité et la reconnaissance de la différence. Sans cela, je ne vois pas comment Dieu pourrait être amour. C’est ce mouvement continuel d’une personne vers l’autre qui fait la vie de Dieu. Cet amour fait l’unité parfaite, sans être fusionnel pour autant. Chacun, Père, Fils et Esprit, garde toute son identité, sa personnalité, sa liberté. Un amour où il n’y a pas de risque de se perdre, mais où au contraire on se retrouve. Un amour où chacun a sa place, où chacun est irremplaçable et accepté tel qu’il est. Un amour où l’on fait de la place pour l’autre. C’est cela Dieu, c’est cela la Sainte Trinité. Dieu a un cœur qui bat de toute éternité en murmurant, le Fils au Père et à l’Esprit, l’Esprit au Fils et au Père, ces simples mots : « Je t’accueille et je me donne à toi ».

Cela vous dit quelque chose ? Allez, réfléchissons, surtout nous les couples mariés. Mais oui bien sûr ! C’est l’idéal de la famille chrétienne. C’est l’idéal du mariage. Le mariage a pour modèle Dieu Lui-même. Le mariage, c’est l’opportunité de vivre de ce qui fait la vie intime et interne de Dieu. Et une telle vie divine est féconde, elle donne la joie. Les prophètes de l’ancien testament n’avaient pas encore cette connaissance de la Trinité qui nous a été donnée par le Christ. Et pourtant malgré cela, même ces anciens ne cessaient de répéter que ce qui se rapproche le plus de la vie de Dieu, c’est l’alliance nuptiale entre un homme et une femme. Lisez les livres les plus anciens de la Bible et vous verrez.

Le but ultime de Dieu c’est de nous faire vivre de son amour divin. Et pour cela il a Lui-même créé pour l’humanité une sorte d’incubateur où cet amour divin peut naître et croître : le lien conjugal entre l’homme et la femme, et la famille qui en résulte. Et attention les amis, cela a des conséquences pratiques énormes. Jean-Paul II disait : « la famille est le centre et le cœur de la civilisation de l’amour ». Croyez-vous sérieusement que nous vivons actuellement dans une civilisation, ou une culture, de l’amour ? Autour de nous (et parfois en nous), on s’en met plein les poches par égoïsme, ou on se tue aveuglément par refus de la différence. Donc ce cœur et ce centre qu’est la famille se doit de rayonner, encore et toujours mieux.

Alors en célébrant la Sainte Trinité ce matin, sachons qu’en adorant un Dieu qui n’est pas un monolithe mais qui est famille en Lui-Même, nous avons le pouvoir de modifier les choses dans notre entourage en vivant l’amour nuptial et familial, qui est la façon par excellence de se blottir au sein même de notre Dieu et de bâtir la culture de l’amour.

Amen

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