Méditation – Veiller avec le Christ

Nous devons non seulement croire, mais veiller ; non seulement aimer, mais veiller ; non seulement obéir, mais veiller ; veiller pourquoi ? Pour ce grand événement : la venue du Christ.

Qu’est-ce que veiller ?
Je crois qu’on peut l’expliquer ainsi. Savez-vous ce que c’est que d’attendre un ami, d’attendre qu’il vienne, et de le voir tarder ? Savez-vous ce que c’est que d’être dans une compagnie qui vous déplaît, et de désirer que le temps passe et que l’heure sonne où vous pourrez reprendre votre liberté ? Savez-vous ce que c’est que d’être dans l’anxiété au sujet d’une chose qui peut arriver ou ne pas arriver ; ou d’être dans l’attente de quelque événement important qui fait battre vos cœurs quand on vous le rappelle, et auquel vous pensez dès que vous ouvrez les yeux ? Savez-vous ce que c’est que d’avoir un ami au loin, d’attendre de ses nouvelles et de vous demander jour après jour ce qu’il fait en ce moment, et s’il est bien portant ? Savez-vous ce que c’est de vivre pour quelqu’un qui est près de vous à tel point que vos yeux suivent les siens, que vous lisez dans son âme, que vous voyez tous les changements de sa physionomie, que vous prévoyez ses désirs, que vous souriez de son sourire et vous attristez de sa tristesse, que vous êtes abattu lorsqu’il est ennuyé, et que vous vous réjouissez de ses succès ?

Veiller dans l’attente du Christ est un sentiment qui ressemble à ceux-là, autant que des sentiments de ce monde sont capables de figurer ceux d’un autre monde.

Il veille avec le Christ, celui qui, tout en regardant l’avenir, ne perd pas de vue le passé, et tout en contemplant ce que le Sauveur a acheté pour lui, n’oublie pas ce qu’il a souffert pour lui. Il veille avec le Christ, celui qui commémore et renouvelle toujours en sa propre personne la Croix et l’agonie du Christ, et revêt joyeusement ce manteau d’affliction que le Christ a porté ici-bas et a laissé derrière lui lorsqu’il est monté au ciel. Et c’est pourquoi dans le Epitres, aussi souvent les auteurs inspirés montrent leur désir de son second avènement, aussi souvent montrent-ils le souvenir qu’ils ont gardé du premier ; et sa résurrection ne leur fait jamais perdre de vue son crucifiement. Ainsi Saint-Paul, lorsqu’il rappelait aux Romains qu’ils doivent attendre la rédemption du corps au dernier jour, ajoute : Afin qu’ayant souffert avec lui, nous soyons aussi glorifiés avec lui. S’il dit aux Corinthiens d’attendre la venue de notre Seigneur Jésus-Christ, il dit aussi de porter toujours et partout en notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus se manifeste aussi dans notre corps. S’il parle aux Philippiens de pouvoir de la résurrection, il ajoute aussitôt : et la participation à ses souffrances, lui ressemblant jusqu’à la mort. S’il console les Colossiens en leur donnant l’espérance que lorsque le Christ apparaîtra , ils apparaîtront aussi dans la gloire, il leur a déjà déclaré qu’il accomplit dans sa chair ce qui manque aux souffrances de Jésus Christ pour son corps qui est l’Eglise
(Rm 8,23.17 ; 1Co 1,7 ; 2Co 4,10 ; Ph 3,10 ; Col 3,4 et 1,24)

Cardinal NEWMAN

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