Méditation – La Bonne Nouvelle du Salut

Le chrétien qui a découvert le Dieu vivant doit être aux écoutes du monde pour discerner les cris et les souffrances, et entendre les appels qui montent de toutes parts.

Le plus insistant des appels vient de la faim et de la soif de justice et de liberté.  Les peuples ne veulent plus être colonisés et n’acceptent même plus d’être aidés si cette aide doit prendre la forme de ce qu’ils appellent le néo-colonialisme.  Les ouvriers et les salariés ne veulent plus que leur travail soit toujours menacé par le jeu de lois économiques qui ignorent l’homme ou le méconnaissent, et ils n’acceptent pas que leur insécurité soit palliée par des mesures bienveillantes où ils soupçonnent le paternalisme.

Les pauvres font entendre leur voix collective à l’échelle du monde.  Il ne s’agit plus ici de ces pauvres qui avaient jadis leur pitance à la porte des monastères ou leur couvert à la table d’une famille chrétienne le jour des grandes fêtes.  Les pauvres sont maintenant partout dans le monde.  Ils sont chez nous où le développement de l’économie apporte le bien-être à un nombre croissant de travailleurs, mais où les exigences de la technique créent de nouvelles franges de sous-prolétariat plus abandonné que jamais à sa misère.  Ils sont surtout dans ces pays du tiers-monde qu’on appelle sous-développés et où la faim tenaille des continents entiers.

L’Eglise doit entendre leur voix, pour leur apporter la réponse que Jésus est venu donner.  L’Eglise qui n’est pas une puissance face aux puissances temporelles, l’Eglise qui ne se présente pas bardée d’institutions prospères, l’Eglise qui se met au service des hommes et qui est au milieu de tous comme la voix de l’Evangile et la conscience de l’humanité.  C’est ce visage de l’Eglise que donna le pape Jean XXIII et c’est pourquoi le moindre de ses gestes eut un tel retentissement.  Chacune de ses paroles répondait à une attente inconsciente des hommes, et ceux-ci découvraient en elles l’écho d’un Evangile méconnu.  Un chrétien vivant est l’Eglise dans le milieu où il est planté, et, avant de proférer une parole, il doit laisser retentir en son cœur l’appel à la justice et au bonheur qui monte de toutes parts.

Trop longtemps on a oublié que Dieu voulait le salut de tous les hommes (1 Tm 2, 4), salut du corps et salut de l’âme.  On a trop longtemps accepté qu’il y eût une aristocratie de gens bien nourris à côté de multitudes qui mourraient de faim, et on l’acceptait d’autant plus volontiers que les chrétiens étaient souvent du côté des gens bien nourris.  Maintenant les vrais chrétiens ne peuvent plus le supporter, et c’est la chance actuelle de l’Eglise de pouvoir faire entendre la Bonne Nouvelle du salut aux pauvres, car ceux-ci commencent à entrevoir leur place chez elle.

Ce n’est qu’alors que l’Eglise pourra proclamer les dimensions de son Espérance.  Cette espérance transcende bien entendu tous les espoirs humains, même les plus légitimes.  Mais elle ne peut être proposée que si le cœur des hommes reçoit une réponse humaine à ses besoins.  Le chrétien qui a découvert le Dieu vivant a une tâche exaltante devant lui… L’Esprit est toujours à l’œuvre en l’homme de bonne volonté ; sa foi ne finira jamais de grandir, car l’amour de Dieu est infini, et les hommes sont encore loin d’être évangélisés.

Gérard Huyghe

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