Méditation – Tous les âges attendent le Fiat de Marie

Tu l’as entendu, ô Vierge, tu concevras et enfanteras un fils, non d’un homme – tu l’as entendu – mais de l’Esprit Saint.  L’ange, lui, attend ta réponse : il faut qu’il retourne vers celui qui l’a envoyé.  Nous attendons nous aussi, ô Notre-Dame.  Accablés misérablement par une sentence de condamnation, nous attendons une parole de pitié.  Or voici : elle t’est offerte la rançon de notre salut.  Consens : nous sommes libres.  Dans le Verbe éternel de Dieu, nous avons été créés ; hélas ! la mort fait son œuvre en nous.  Une brève réponse de toi suffit pour nous recréer, de sorte qu’à la vie nous soyons rappelés.

Ta réponse, ô douce Vierge, Adam l’implore tout en larmes, exilé qu’il est du paradis avec sa pauvre descendance ; il l’implore Abraham, il l’implore David, ils la réclament tous instamment les autres patriarches, tes ancêtres, qui habitent, eux aussi, au pays de l’ombre de la mort.  Cette réponse, le monde entier l’attend, prosterné à tes genoux.  Et ce n’est pas sans raison, puisque de ta parole dépend le soulagement des malheureux, le rachat des captifs, la délivrance des condamnés, le salut, enfin, de tous les fils d’Adam, de ta race entière.

Ne tarde plus, Vierge Marie, donne ta réponse.  O Notre-Dame, prononce-la cette parole que la terre, les enfers, les cieux-mêmes attendent.  Vois : le Roi et Seigneur de l’univers, lui qui a désiré ta beauté, désire avec non moins d’ardeur le oui de ta réponse ; à ton consentement il a voulu suspendre le salut du monde.  Tu lui as plu par ton silence ; tu lui plairas davantage à présent par ta parole.  Voici que lui-même de là-haut t’interpelle : « O la plus belle des femmes, fais-moi entendre ta voix » (cf. Ct 2.13-14)…  Oui, réponds vite à l’ange, ou plutôt, par l’ange au Seigneur.  Réponds une parole, et accueille le Verbe ; prononce ta propre parole, et conçois le Verbe divin ; émets une parole passagère, étreins le Verbe éternel.

235Que tardes-tu ? Pourquoi trembles-tu ? Crois, parle selon ta foi et fais-toi tout accueil.  Que ton humilité devienne audacieuse, ta timidité confiante.  Certes, il ne convient pas en cet instant que la simplicité de ton cœur virginal oublie la prudence ; mais, en cette unique rencontre, ne crains point la présomption, Vierge prudente.  Car, si ta réserve fut agréable à Dieu dans le silence, plus nécessaire est maintenant l’accord de ta parole.  Heureuse Vierge, ouvre ton cœur à la foi, tes lèvres à l’assentiment, ton sein au Créateur.  Voici qu’au –dehors le Désiré des nations frappe à ta porte.  Ah !  Si, pendant que tu tardes, il allait passer outre, t’obligeant à chercher de nouveau dans les larmes celui que ton cœur aime !  Lève-toi, cours, ouvre-lui par ton consentement.
Voici, dit-elle, la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole (Lc 1,38).

Saint Bernard

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