Homélie 28ème dimanche année B 2018

L’homme qui accourt vers Jésus a tout faux. Mais Jésus va le lui faire comprendre avec beaucoup d’amour, de respect, de finesse.

« Tu connais les commandements ». Oui, il les connaît très bien, c’est un bon juif. Alors il ne peut pas ne pas se rendre compte que Jésus ne donne pas la liste comme elle nous est donnée par le livre de l’Exode. Elle ne commence en effet pas par l’interdit du meurtre ! Mais par « Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage ». Et Jésus l’omet, pour suggérer à l’homme qu’il a oublié l’essentiel. Bien sûr il n’a pas tué, volé, trompé… Mais se souvient-il de ce que Dieu a fait et continue à faire pour son peuple, pour lui ? Une œuvre de libération !

De plus Jésus intervertit l’ordre : le « honore ton père et ta mère » se trouve avant l’interdit du meurtre ; mais Jésus le place en fin de sa liste, comme pour suggérer à l’homme qu’il a un problème avec ce commandement-là aussi. Qu’est-ce qui fait honneur à des parents, si ce n’est que leur fils, leur fille réussissent leur vie, s’engage en adulte avec les joies et les risques que cela comporte, comme ils l’ont fait eux-mêmes. Or l’homme est dans l’observance « depuis sa jeunesse ». A t’il coupé le cordon ?

Cet homme ne vit pas la libération offerte par Dieu, et ne s’est toujours pas libéré de l’insouciance de sa jeunesse.

L’homme veut « faire pour avoir », Jésus lui répond « c’est Dieu qui fait, qui libère, pour que tu vives, que tu prennes le risque de l’engagement adulte ».

Jésus perçoit que cet homme est troublé, il pose sur lui son regard et il l’aima. Il met alors la barre très haut, mais qui n’est rien de plus qu’un appel à se laisser libérer par Dieu et à se libérer de la figure symbolique du père : « va, vends ce que tu as et donne le aux pauvres. » Débarrasse toi de tes liens, de tes chaines, de ce qui te maintient en esclavage, de ce qui t’empêche de vivre vraiment, et donne le aux pauvres; tu peux te débarrasser sur eux de tes chaines, tes liens, ta servitudes, car eux sont libres et cela ne les encombre pas, car, comme le dit l’antienne de l’alleluia, « bienheureux les pauvres, le Royaume de Dieu est à eux ».

Chemin exigeant que celui de Jésus. Il s’en va tout triste, mais on ne sait quel chemin il prendra. Ce chemin n’est pas une morale, mais une vie, et une vie dans l’Esprit, une vie donnée : « qui garde sa vie la perdra, mais qui perd sa vie pour moi et pour l’évangile la sauvera ».

Impossible à l’homme ?

Marc est un auteur minutieux, qui met dans son œuvre littéraire maints indices pour nous aider à comprendre son message. Ainsi dans son évangile, Jésus n’interpelle son interlocuteur par le mot « mon enfant » que deux fois, invitant à rapprocher ces deux passages : ici, « mes enfants, qu’il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu », et au chapitre 2. Jésus est à la maison, une foule énorme entoure cette maison de telle sorte qu’on ne peut passer ; un paralytique, porté sur un brancard, parvient à Jésus en passant par les toits. Les liens qui paralysent ses membres sont le symbole des liens qui paralysent sa vie. Jésus ne le guérit pas, mais il lui dit « mon enfant, tes péchés sont pardonnés ». Il libère le paralytique des liens  qui paralysent sa vie. Mais les pharisiens présents murmurent avec raison : « pardonner les péchés, c’est impossible à l’homme, seul Dieu peut pardonner les péchés ». Et Jésus de leur dire : « sachez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre ! » et d’ajouter, se tournant vers le paralytique, en guise de preuve : « lève-toi, prend ton brancard et marche ». L’homme ne bondit pas de joie d’avoir retrouvé l’usage de ses membres, « l’homme se leva, prit son brancard et sortit devant tout le monde ». L’homme se met résolument en marche, il prend sa vie en main, il a été libéré par Jésus.

Mais cette autorité, celle qui permet de pardonner, de délier, Jésus va nous la transmettre : « tout ce que vous aurez délié sur la terre, sera délié dans les cieux ».

Impossible à l’homme ? A Dieu tout est possible ! Nous ne saurons jamais si l’homme a pu vivre cette libération, mais le paralytique a pu le faire. Ce jour, Mgr Oscar Romero est élevé au rang des saints ; homme libre face à la barbarie vécue par son peuple, homme proche des pauvres, homme qui a donné sa vie pour vivre selon le royaume. Impossible à l’homme ?

Il est heureux que, contrairement à Matthieu, Marc nous parle d’un homme et non d’un jeune homme. Oh, bien sûr, il se comporte comme vivant toujours « de sa jeunesse ». Mais son histoire est la nôtre, à chacun. Le Seigneur nous invite à nous libérer, à nous laisser libérer par lui du péché, autre mot pour parler de ces liens, de ces entraves qui nous empêchent de vraiment vivre selon le Royaume. Et c’est à faire chaque jour.

Le synode sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » nous concerne tous. Bien sûr quand on a vingt ans, on doit faire des choix qui nous engagent pour la vie. Mais l’appel du Seigneur est de tous les jours, à tout âge, jusqu‘à son dernier souffle. Chaque jour, nous sommes appelés à discerner ce que Dieu attend de nous. Chaque matin, ouvrons-nous dans la prière à l’inattendu de Dieu pour ce jour qui commence, demandons-lui d’être attentifs à ses appels. Et le soir, sachons rendre grâce pour sa présence ; lui présenter les liens qui nous ont empêchés de le reconnaître, d’entendre son appel ; et recevoir de lui son regard plein d’amour, de libération, de pardon.

Abbé Robert Borremans

Une pensée sur “Homélie 28ème dimanche année B 2018

  • 22 octobre 2018 à 17:27
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    Belle homélie ! Si la mettre sur le site représente bien sûr un travail de synthèse, c’est incontestablement un plus, car un message oral ‘passe’ et ce n’est que l’une ou l’autre idée tout au plus qui reste en mémoire, chacun selon ce qui lui parle le plus.
    Pour qui l’a entendue, cela permet d’y revenir, de s’arrêter sur l’un ou l’autre point, de retrouver ce qui a échappé.
    Et surtout, pour qui ne l’a pas entendue, c’est une découverte et un possible approfondissement.

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