Donne-toi aux autres !

Dans cet évangile (Mt 10, 37-42), Jésus veut être préféré totalement ; mais c’est pour mieux nous ouvrir la route du bonheur.

Ses exigences se font absolues – plus d’atermoiements, de tergiversations : un moment arrive où il n’y a plus personne entre Jésus et moi, pas même le plus proche de ma famille. Vous aurez remarqué que Jésus ne s’adresse pas à la grande foule mais à ses apôtres qui se sont engagés à fond à sa suite. Cela voudrait-il dire que les propos de Jésus ne concernent que les prêtres et les religieuses et que les laïcs ne sont pas concernés par la radicalité de cet appel ? Il n’en est rien. Mais il faut bien reconnaître qu’il n’est pas tous les jours confortable d’être le disciple de Jésus. Jésus n’est pas venu mettre la rivalité entre parents, frères et sœurs et enfants. La famille, c’est magnifique quand elle s’inscrit dans le plan d’amour voulu par le créateur. Comment ne pas penser alors à l’un des dix commandements : « Tu honoreras ton père et ta mère ». Mais en cas de conflit, c’est Dieu qui doit être préféré.

Il y a deux mille ans, Jésus est aussi passé par l’incompréhension familiale. Jésus n’a pas donné l’exemple d’un fils obéissant et docile. A l’âge de 12 ans, il préfère rester à discuter avec les docteurs au temple de Jérusalem plutôt que de suivre ses parents jusqu’à Nazareth. Il va s’attirer les reproches de sa mère, parlant aussi au nom de son père. Jésus s’expliquera de façon énigmatique et respectueuse mais retournant ensuite à Nazareth avec ses parents, l’évangile nous dit qu’il leur était soumis. Lorsque bien plus tard, sa mère et ses « frères » viennent chercher Jésus pour le ramener à Nazareth, ils n’avaient pas encore vraiment compris que l’heure était venue pour lui d’annoncer la bonne nouvelle et ne plus continuer son métier de charpentier dans son village.

Fresque de Giotto

Pour nous, aujourd’hui, suivre Jésus peut occasionner des ruptures, des incompréhensions et même des rejets de la part de ceux qui nous sont chers.

Dans les hagiographies, on s’aperçoit souvent que l’appel de Jésus ne coïncide pas nécessairement avec la belle carrière que les parents ambitionnent pour leur fils ou leur fille. Pouvoir quitter ceux qui nous ont été les plus indispensables pour vivre et pour grandir peut s’avérer difficile et ne va pas sans souffrance. Pensons à tous ces missionnaires qui, autrefois, ont quitté un pays et une famille pour partir vers une destinée lointaine en sachant très bien qu’ils ne les reverraient plus sur cette terre. Ils n’ont pas été perdants en accordant la préférence au Seigneur car ils ont été comblés de l’amour de Dieu par ce choix radical. Leur décision a cependant impliqué de faire une croix sur bien des choses auxquels ils tenaient. Dans l’éducation d’autrefois, on parlait beaucoup de dévouement, d’abnégation, de sacrifice. Par réaction à ce que l’on considère aujourd’hui comme une éducation ringarde et sous prétexte d’épanouissement personnel, la tendance serait de se centrer sur sa petite personne.

Devant leur monastère, ceux de Tibhrine,
ceux qui se sont donnés aux autres que Dieu avait mis sur leurs chemins

Je dorlote mon ego; je me protège des nuisances des autres en m’enfermant dans ma bulle confortablement. Mon épanouissement risque fort de ressembler à celui d’une moule dans sa coquille, cachée dans les algues. Le Seigneur nous propose un autre type de plénitude : « Réalise-toi et aime-toi, mais pour ce faire ; donne-toi aux autres, accueille l’autre au nom de Jésus, source de toute vie. Plutôt que d’avoir une petite vie bien tranquille et pépère, tu auras la récompense d’une vie enrichie qui sera bien plus féconde ».

Abbé François

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