Pentecôte : La Loi et L’Esprit

Une réflexion très personnelle

Ne vous êtes vous jamais, comme moi, posé la question de pourquoi nous célébrions la venue de l’Esprit Saint cinquante jours après la Résurrection ?

J’avoue qu’à cette question je n’avais, jusqu’il y a quelques jours, pas trouvé de réponse vraiment satisfaisante. Pas un sermon, pas une homélie ne m’avait réellement éclairé à ce sujet. C’est en lisant un texte de Gerard Rouwhorst dans le magnifique livre « Après Jésus », livre choral écrit par près de 80 spécialistes de l’histoire des débuts du christianisme que je me suis frappé le front à la manière du commissaire Maigret : « Bon sang, mais c’est bien sur! ».

Reprendre l'(en)quête

Bon, commençons tout d’abord par reprendre la première phrase du second chapitre des Actes des apôtres, celui où Luc raconte la descente de l’Esprit sur les apôtres le jour de la Pentecôte :

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble.

La Pentecôte existait donc avant l’effusion de l’Esprit ! Je suis peut-être bête, mais cela n’avait jamais fait « tilt » avant. C’est évident et en toutes lettres dans le texte de Luc, la Pentecôte est donc une fête juive au cours de laquelle s’est déroulé l’évènement de l’effusion de l’Esprit.

Nous le savons, le passage de Jésus de la mort à la Vie a eu lieu le jour même où il devait célébrer avec tous le grand passage de la Mer Rouge. Célébration du passage de la mort de l’esclavage en Egypte à la liberté offerte par Yhwh. Passage, Pessah, Pâque – Il n’y a rien de fortuit dans ce synchronisme des passages qui fait qu’aujourd’hui nous célébrons Pâques, passages pluriels. Et si l’effusion de l’Esprit a eu lieu le jour de la fête juive de la Pentecôte n’est-ce pas aussi un synchronisme?

La « Pentecôte juive »

Donc question suivante : Que fêtaient ce jour-là les concitoyens de Jésus ? Et que fêtent encore les Juifs de nos jours cinquante jours après Pessah ? La Pentecôte c’est d’abord la Fête de Chavouot, appelée aussi Fête des Semaines, parce que célébrée sept semaines après Pessah (en grec pentêkostề  veut dire cinquantième). En effet 7×7=49 jours, chiffre éminemment sacré pour la tradition juive. Mais précisément, que fête-t-on ce jour là ? A l’origine Chavouot était la « fête des moissons » ou « fête des prémices », fête au cours de laquelle les prémices de la moisson étaient offerts à Dieu. Avec le temps, et certainement depuis le retour d’exil (+/- 540 avant JC) – donc bien avant l’époque de Jésus, cette fête de Chavouot s’est transformée en l’une des trois grandes fêtes du judaïsme, le jour de la célébration du don de la Torah par Dieu au peuple. C’est le jour de la matérialisation de l’Alliance, du don de la Loi. Cette Loi qui n’est pas « contrainte » mais « parole de Vie » comme nous avons pu le redécouvrir au cours de notre itinéraire de carême dans le livre de l’Exode sous la houlette de Martine Henao.

Pentecôte(s)

Et c’est là que je m’émerveille. Le jour de la célébration du don de la Loi est aussi celui où l’on célèbre le don de l’Esprit. Plutôt, selon Luc, c’est le jour-même où on célèbre la Torah qu’a choisi l’Esprit pour se répandre sur les apôtres, les disciples, l’humanité. Il devient alors évident que toute notre célébration de la période pascale, du Triduum à la Pentecôte, est bien construite et repose solidement sur la fondation de la célébration de l’Alliance, de la libération de l’esclavage au don de la Torah. C’est comme si, malgré le fait que nous ayons été habitués à en distinguer deux, une Ancienne et une Nouvelle, il n’y a jamais eu qu’une et une seule ALLIANCE entre Dieu et les hommes. Une seule Alliance que Jésus, selon ses propres mots, est venu accomplir. Question : Ne devrions nous pas écrire Pentecôte avec un « s » tout comme nous nous sommes habitués à écrire Pâques au pluriel ?

Pour finir en ouvertures

Ce synchronisme qui parcourt les fêtes pascales m’apporte un nombre infini de contemplations émerveillées. Pour clore cette réflexion très personnelle, je voudrais juste encore en esquisser quelques pistes (pas toujours très orthodoxes) :
– Jésus, nouveau Moïse venu libérer son peuple de l’esclavage.
– L’Esprit, accomplissement de la Loi. Quel Esprit ? Quelle Loi ?
– En limitant notre regard à Jésus, ne sommes-nous pas comme le sot qui regarde le doigt qui pointe plutôt que de regarder dans la direction vers laquelle il pointe ? Vers le don de l’Esprit ?
– Pour laisser la place à l’Esprit, Jésus s’en est allé, Il s’est retiré « auprès du Père », comme l’avait fait le Créateur au septième jour.
– Si le Shabbat est absence comme nous l’évoquions avec Martine Henao, cette absence n’est-elle pas le Lieu de l’Esprit ?
– …

Le double don unique de la Loi et de l’Esprit est comme une bipolarité où se crée, à la manière d’un arc électrique, une tension spirituelle source d’inépuisable richesse.

Bonne fête de Pentecôte(s)

Alex Goffin

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