Un adage à actualiser

2 août

Ces derniers dimanches, nous avons entendu les paraboles par lesquelles Jésus nous parlait du Royaume des Cieux (chap 13 de Matthieu). « Le semeur est sorti pour semer », Dieu est passé à l’action ! Non pas qu’il ne l’avait pas fait à maintes reprises dans le passé, que du contraire. Mais cette fois, il fait fort : il envoie son propre Fils parmi nous, le Verbe s’est fait chair.

De la bonne terre reçoit cette semence divine et porte à profusion, mais il y a le bord du chemin, le sol pierreux, les ronces. Il y a du bon grain et de l’ivraie dans le champ de la création. Pourtant, nous dit-il, c’est un trésor, une perle fine, pour lesquels on devrait être prêt à tout vendre, s’y consacrer entièrement.

Là, je pense à un adage bien connu : « l’homme propose, Dieu dispose ». C’est en effet ce qui se passera à la fin des temps, au Jugement dernier : Dieu disposera de ce que nous pourrons lui proposer, de ce que nous aurons fait de notre vie ici-bas, personnellement et collectivement.

Mais précisément, ici-bas, en est-il vraiment de même ? Au Moyen-âge, les maigres connaissances scientifiques ne permettaient pas de voir autre chose que l’action, la disposition divine dans les moissons suite aux rogations, dans la peste… Mais aujourd’hui, comment prendre au sérieux quelques présidents d’autres continents qui prétendent être protégés de la Covid-19 seulement par leur foi. Comme si Dieu disposait de nous selon notre foi ou selon son bon vouloir !?

Et si pour être vraiment fidèle au récit biblique, on inversait l’adage : « Dieu propose, et l’homme dispose » ? En effet Dieu depuis la création n’a jamais cessé de proposer à l’homme la vie, l’alliance, le Royaume. Et l’homme en a disposé en bien ou en mal. Que de patriarches, de grands rois, de prophètes, que de saints ; et que de joie dans le ciel chez les anges pour un seul pécheur qui se convertit ! Mais aussi que de Cain, de tours de Babel, de contemporains de Noé…

Et alors que peux faire Dieu ? « Dieu est nu » (*). Mais pas impuissant pour autant, sans cesse il revient vers l’homme, il renouvelle son alliance, jusqu’à la rendre nouvelle et éternelle en Jésus-Christ. Son amour pour nous, sa foi en l’homme le poussent à revenir à lui.

« Tout au long de l’Histoire, ce Dieu du dialogue tente l’impossible, tout en intégrant dans son projet l’hypothèse nécessaire de l’échec. La Création et l’histoire du salut me paraissent n’être qu’une suite infinie de ratés et d’erreurs corrigés sans cesse, ou remis sur le métier, dans une créativité sans borne à la mesure de l’amour têtu d’un Dieu fasciné par l’humain.»

Dieu est nu Simon Pierre, éd Novalis 2019

Dans l’évangile de ce dimanche, dit de la « multiplication des pains » Jésus nourrit à profusion la foule, symbole du don qu’il nous fait dans l’eucharistie. Mais il « propose » aux disciples « donnez-leur vous-même à manger ». Il leur suffira de quelques pains et quelques poissons pour que ce dont ils disposent servent à répondre à la proposition de Jésus !

Abbé Robert.

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