Chemin de quoi …
… chemin de Foi !
« Si quelqu’un veut marcher à ma suite,
qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix
et qu’il me suive.». Mathieu 16.24
« Celui qui veut marcher à ma suite,
qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour
et qu’il me suive ». Luc 9.23
Pour moi, le chemin de croix (via Crucis) tel que nous le pratiquons encore aujourd’hui m’est devenu au fil du temps une source d’interrogations et de perplexité.
Pourquoi cette emphase mise sur la douleur, les souffrances, la mort du ressuscité ? Sommes nous des disciples d’un supplicié ou ceux d’un ressuscité ? La Résurrection ne devrait-elle pas modifier complètement notre vision de la Croix et nous sortir d’une dangereuse ornière qui peut nous mener à des visions qui frisent le sadisme telles que celle de Mel Gibson ?
Je vous partage ici quelques éléments que j’ai pu glaner au cours d’un parcours personnel.
Et si, malgré la longueur de cet article, la conclusion manque, c’est que c’est à chacun de se forger la sienne.
Une origine orientale
Le Chemin de croix a son origine dans la liturgie du Vendredi saint des chrétiens de Jérusalem. Au cours de cette liturgie les chrétiens de Jérusalem refaisaient le parcours du Christ de la ville à son ensevelissement.
Cette liturgie est encore pratiquée de façon quasi inchangée par les églises orthodoxes actuelles. Lors de cette cérémonie, les orthodoxes “rejouent” la scène de l’ensevelissement du Christ et tenant des bougies allumées dans leurs mains, portent l’épitaphion en faisant le tour de l’église, souvent à l’extérieur.
(L’épitaphion est un tissu précieux sur lequel est brodée la scène de la mise au tombeau du Christ, et rappelant le linceul. En quelque sorte une icône sur tissu.)
Puis tout le monde revient dans l’église et l’épitaphion est posé au centre de l’église à la vénération de tous les fidèles. Il est enlevé le Samedi saint pendant la Veillée pascale en signe de résurrection du Seigneur, après la lecture de l’évangile de la Résurrection.
Une invention franciscaine
Au XIII eme siècle, Les franciscains s’installent en Terre sainte. Suivant eux-mêmes le rite traditionnel en usage dans l’Église orthodoxe locale, ils le transposent progressivement dans des petits sanctuaires extérieurs en Italie. Le Chemin de croix comporte alors sept stations mais leur nombre varie considérablement, jusqu’à trente-sept. La première utilisation du terme de stations apparaît à la fin du XVème siècle.
C’est au XVIIIème siècle que le pape permet l’érection de chemins de croix dans n’importe quel lieu pieux (église paroissiale, oratoire, monastère et autres lieux de dévotion) à la seule condition que ceux-ci soient faits par un franciscain.
Une source d’ “indulgences”
Puis c’est seulement en 1862 qu’un décret du Saint-Siège permet aux prêtres d’ériger eux-mêmes un Chemin de croix dans leurs églises. Peu de fidèles pouvant se rendre à Jérusalem, les chemins de croix font alors office de mini-pèlerinage en Terre sainte procurant des indulgences aux fidèles qui font “leur” Chemin de croix. Cette dévotion connaît un succès grandissant jusque dans la seconde moitié du XXe siècle.
Jean-Paul II et la quinzième station
Le Chemin de Croix traditionnel à quatorze stations fait son apparition au début du XIXe siècle. Des 14 stations près de la moitié sont des passages repris aux 4 évangiles et le reste provient de la tradition ou d’écrits apocryphes.
En 1991 le pape Jean Paul II a voulu réactualiser cet acte de dévotion et a proposé 14 stations basées entièrement sur les évangiles. (Pour une comparaison des deux cliquer sur la barre plus bas).
Soucieux de dépasser le caractère quel que soit peu morbide de l’exercice, il proposa même d’ajouter une 15ème station évoquant la résurrection.
Dans le même ordre d’idée il proposa à des théologiens orthodoxes de rédiger des méditations soit certaines stations soit le Chemin de Croix complet. On compte parmi eux Patriarche œcuménique Bartholomée Ier ou encore Olivier Clément. Il y a encore moyen de retrouver ce dernier sur le site officiel du Vatican.
Le but de ces efforts était de ramener le Chemin de Croix à ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un chemin d’Amour.
« Dieu descend volontairement dans le mal, dans la mort — un mal, une mort dont il n’est nullement responsable, dont peut-être il n’a même pas l’idée, a dit un théologien contemporain —, pour s’interposer à jamais entre le néant et nous, pour nous faire sentir, nous faire vivre, qu’au fond des choses il n’y a pas le néant, mais l’amour. » Olivier Clément
| Traditionnel | 1991 |
| 1. Jésus est condamné à être crucifié. | 1. Jésus au jardin de Gethsémani. |
| 2. Jésus est chargé de sa croix. | 2. Jésus trahi par Judas et arrêté. |
| 3. Jésus tombe pour la première fois. | 3. Jésus condamné par le Sanhédrin. |
| 4. Jésus rencontre sa mère. | 4. Jésus renié par Pierre. |
| 5. Simon de Cyrène aide Jésus. | 5. Jésus jugé par Pilate. |
| 6. Véronique essuie le visage de Jésus. | 6. Jésus est couronné d’épines. |
| 7. Jésus tombe pour la deuxième fois. | 7. Jésus prend sa croix. |
| 8. Jésus rencontre les femmes de Jérusalem. | 8. Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix. |
| 9. Jésus tombe pour la troisième fois . | 9. Jésus rencontre les femmes de Jérusalem. |
| 10. Jésus est dépouillé de ses vêtements. | 10. Jésus est cloué sur la croix. |
| 11. Jésus est cloué sur la croix. | 11. Jésus promet son royaume au bon larron. |
| 12. Jésus meurt sur la croix. | 12. Jésus confie sa mère à Jean. |
| 13. Jésus détaché de la croix est remis à Marie. | 13. Jésus meurt sur la croix. |
| 14. Jésus meurt sur la croix. | 14. Jésus est mis au tombeau. |
| 15. Jésus ressuscite. |
… est descendu aux enfers
Cette citation du chemin de Croix d’Olivier Clément nous ramène au Symbole des apôtres où nous récitons que le Christ
a souffert sous Ponce Pilate,
a été crucifié,
est mort,
a été enseveli,
est descendu aux enfers ;
Cette dernière phrase évoque ce mystère de la descente du Christ au Shéol au moment de sa mort pour entraîner dans sa résurrection toute l’humanité depuis notre père Adam et notre mère Êve comme le disent nos frères d’orient. Ce mystère est représenté dans une des icônes les plus célébrées dans l’église orthodoxe et qui mériterait de constituer l’aboutissement de tout Chemin de Croix. Les portes du shéol brisées formant la croix au pied du Seigneur qui emmène avec lui nos ancêtres bibliques sous le regard des « prophètes qui nous ont annoncé ce mystère ».

Mache dich, mein Herze, rein !
Finalement revenons en 1727, Bach exécute pour la première fois sa Passion selon Saint Mathieu.
Jésus est là mort, accroché à la Croix. Joseph d’Arimathie vient d’obtenir la permission d’ensevelir le corps de Jésus.
Alors la basse chante le désir de purifier son cœur afin de devenir le propre sépulcre de Jésus.
Ce texte issu du psautier luthérien de cette époque, si proche du “descendu aux enfers“, est un moment d’intimité spirituelle qui donne peut-être une clé essentielle à la signification profonde de tout Chemin de Croix.
Mache dich, mein Herze, rein,
Ich will Jesum selbst begraben.
Denn er soll nunmehr in mir
Für und für Seine süße Ruhe haben.
Welt, geh aus,
laß Jesum ein!
Mache dich, mein Herze, rein,
Ich will Jesum selbst begraben.
Mache dich,
mein Herze, rein
JS Bach,
Matthäuspassion BWV 244,
Incipit Nr. 75 Mache dich, mein Herze, rein
(1727)
Purifie-toi mon cœur
Je veux y ensevelir Jésus lui-même
En moi dorénavant
Il aura son repos
Monde retire-toi
Laisse Jésus entrer
Purifie-toi mon cœur
Je veux y ensevelir Jésus lui-même
Et vous, qu’en pensez-vous ?








