Jean Sadouni : j’ai répondu à l’appel

Nous avons voulu faire plus ample connaissance avec notre responsable d’Unité. Voici la première partie de son interview :

Comment est-il devenu responsable d’unité pastorale ?

Quand tu étais jeune qu’est-ce que tu voulais devenir ?

En premier lieu, je voulais être architecte : j’aimais dessiner, construire, inventer, imaginer. Et puis ensuite avec mes études secondaires, j’étais passionné de mathématique et de sciences et donc je n’avais qu’une chose en tête c’était de faire de la physique nucléaire.

C’est très intéressant, Jean, car cela semble assez éloigné de ta position actuelle. Alors, quel est ton premier souvenir de Dieu ?

Effectivement, ça peut paraitre curieux ; mais je ne trouve pas ça incompatible. Par contre, il faut savoir que je suis né d’un père musulman qui ne pratiquait que de manière sporadique ; donc, jeune,  je n’ai entendu parler de Dieu que par le biais de mon père et de ses amis de culture musulmane et avec des expressions arabes, sans pour autant avoir suivi une vraie initiation. Ma mère était belge (ils sont décédés tous les deux) et catholique ; mais pas pratiquante du tout. Donc j’ai été élevé dans un milieu qui n‘était pas un milieu non-croyant, mais qui n’y attachait aucune d’importance. Par contre, très curieusement, j’ai été baptisé à ma naissance dans la religion catholique. C’est une tante de ma mère, qui est ma marraine, qui a dit qu’il était hors de question que je ne sois pas baptisé ; peut-être à cause d’un accouchement très difficile (on n’a pas su si l’un ou l’autre allait survivre). J’ai des photos de mon baptême ; ce sont les seules photos de mon enfance d’ailleurs car je n’ai pas eu une enfance facile. Donc, quelque part, c’est ça mon premier « contact » avec Dieu.

Tu as été baptisé catholique et tu as été élevé dans un environnement musulman – comment as-tu connu le Christ, et à quelle époque ?

Et bien c’est assez compliqué. Ça a dû être vers mes douze ans. J’habitais à Anderlecht près de l’église Saint-Guidon.  Je passais devant l’église tous les jours en allant à l’école.   Mon école était attenante au « vieux béguinage » près de l’église.  Je me rappelle très bien que j’ai toujours été attiré par l’église et je désirais y entrer,  mais le  faisais en cachette à cause de mon père. Vers mes quatorze ans, je ne sais plus pourquoi, j’ai carrément acheté des figurines de Noël, que j’avais vues à l’église. Mon père est tombé dessus et cela a fait des histoires. Du fait de tout cela,  je n’ai jamais suivi de cours de catéchisme de ma vie !  Mon père m’envoyait au cours de morale laïque qui se donnait à l’école ; mais cela ne faisait que me laisser sur ma faim au niveau de la religion.  J’ai aussi l’impression qu’il y a eu des signes tout au long de mon enfance. Par exemple celui-ci à l’âge de seize ans environ, le parrain de ma mère, qui était témoin de Jéhovah, m’a remis une bible juste avant son décès en me disant « Jean, je te remets cette bible ; un jour tu la liras ». Et je l’ai toujours. Et c’est vrai, un jour j’ai commencé à la lire. Intrigué et attiré par les récits,  j’ai voulu chercher à comprendre.

Et alors, qu’est-ce qui t’a amené à Uccle ?

Le mariage. La rencontre avec Evelyne a été très importante pour moi, car je me trouvais à un moment de ma vie où c’était très confus. J’avais décidé de me consacrer à mon travail – j’ai été  sportif de haut niveau et j’avais une salle de sport ici à Uccle.  Ma vie de ce côté-là était assez chouette mais également assez mouvementée.  Cette rencontre avec Evelyne m’a fait découvrir un tout autre côté de la vie, et de fil en aiguille, on s’est marié. Cela a été vraiment très important pour moi. Puis nous sommes venus habiter où nous vivons encore aujourd’hui. Pour le mariage, nous sommes allés voir l’abbé Jourdain, qui nous a posé des questions par rapport au mariage et notre foi.  Je lui ai décrit mon parcours et il fut très intrigué.  Lors d’une soirée de préparation, il découvrit les textes que nous avions choisis, et me demandant pourquoi nous les avions choisis, je lui donné mes explications.  Et sa réaction fut de dire :  ‘mais d’où sais-tu tout ça’ ? »   Je lui ai expliqué que je me suis intéressé aux écritures et que j’avais lu énormément. Par la suite il a joué un rôle très important dans ma vie de foi parce qu’il m’a ouvert les yeux à ce qui se passait en moi et nous avons beaucoup parlé ensemble.  Il m’a aiguillé dans mes lectures et après le mariage, j’eu un engagement assez régulier dans la paroisse.  Un jour, grâce à une paroissienne de Saint-Marc, j’ai fait la rencontre d’un Père jésuite qui fut intéressé par mon histoire et qui m’a invité à faire les exercices spirituels de Saint Ignace.   C’est là que j’ai vraiment fait une rencontre, une expérience avec le Seigneur. Une relation était née et elle ne m’a plus quittée.

Jean Sadouni institué Responsable d’Unité Pastorale par Mgr Kockerols le 8 septembre 2019
devant l’mage du Christ en Gloire et le cierge pascal.

Quelle motivation avais-tu donc pour devenir responsable de l’unité pastorale ?

Je pense que l’on ne peut pas parler de motivation en soi, en tout cas pas comme si j’avais postulé pour un emploi. A travers les exercices de Saint Ignace, j’ai appris à faire « des relectures de vie » pour y discerner comment Dieu agit dans ma vie.  C’est là que j’ai compris que Dieu nous appelle.  Et ce fut pour moi la révélation d’un appel personnel du Seigneur.  Cela a mis encore quelques temps à murir.  J’ai néanmoins été de plus en plus actif à la paroisse Saint Marc :  le bureau paroissial, l’animation de sessions de prière et de partage d’Evangile et l’animation des messes de familles.  Ensuite j’ai commencé une formation en accompagnement spirituel chez les jésuites. Un jour, mon accompagnateur spirituel, qui était le supérieur à La Pairelle, m’a invité à collaborer avec eux et un groupe de laïcs, dans l’accompagnement des retraites suivant les exercices de Saint Ignace. C’est là que progressivement j’ai ressenti de plus en plus fort l’appel à m’engager dans l’Église.  C’était au temps de Jean Kockerols et de la création des Matinées de la foi. Après un break de quelques années où j’ai commencé à voyager beaucoup pour mon travail, j’ai véritablement ressenti l’envie d’être plus engagé, ce qui m’a mené à décider de m’inscrire à la formation du Centre d’Études Pastorales, formation que je termine maintenant. Au cours de cette formation, et suite à l’appel de Mgr Kockerols, je me suis engagé pour devenir animateur en pastorale.  C’est lui qui m’a envoyé à Sainte-Croix à Ixelles pour faire un stage dans un milieu pastoral que je ne connaissais pas et de voir ainsi si je suis prêt à m’engager dans cette direction. Entre être bénévole en paroisse  et en faire une partie plus importante de ma vie, il y avait lieu de faire un choix. Ce choix je l’ai discerné et après une année je fus appelé à la mission de responsable d’Unité ici à Boetendael.

Et qu’est-ce que tu penses apporter à ce rôle de responsable d’unité ?

Tout d’abord, je le ressens véritablement comme un appel.  Dans cette mission, je pense apporter en tant que responsable d’unité, une bonne écoute, un charisme d’accompagnement, et une certaine vision de la pastorale.  C’est-à-dire une pastorale qui veut être dans la rencontre des évènements et des personnes dans le dialogue. J’aime beaucoup aller à la rencontre des personnes. D’ailleurs, dans ma vie professionnelle, j’ai toujours été impliqué dans la relation d’accompagnement, que ce soit avec des sportifs ou des personnes qui me consultaient pour des choix de vie, des traversées de crise ou des changements dans les domaines d’orientation professionnelle ou d’hygiène de vie. C’est un charisme et une compétence qui peuvent être un plus dans ma mission de RUP.

Le fait que tu ne sois pas un prêtre – quel problème cela pose-t-il ?

En tout cas pour moi je n’y vois pas de problème.  Être responsable d’une Unité pastorale demande une forme de leadership à tenir d’une façon ou d’une autre, même si on travaille en collégialité – autrement rien n’est possible.  Il y a un message à faire passer.  C’est vrai, au fond on pourrait se dire que, lorsque l’on n’a pas la présidence de l’Eucharistie, cela doit être difficile. C’est une question que je ne me pose pas.  Par contre, je pense au contraire que ce n’est pas toujours facile à comprendre pour tout le monde.  

Quand tu dis que ce n’est pas toujours facile pour tout le monde, que veux-tu dire par là ?

Pour beaucoup de gens, être RUP en tant que laïc se résume à être gestionnaire.  Mais ce n’est pas du tout cela.  Dans ma position, je partage ce qu’on appelle la charge curiale (annoncer, servir, gérer, célébrer).  La présidence des célébrations, c’est la seule chose que je ne fais pas.  Pour certaines personnes c’est difficile à comprendre, parce qu’il me voit comme un bon gestionnaire et pas comme pasteur, si je puis dire ainsi. Or tout baptisé qui est actif et qui a une responsabilité en pastorale est pasteur. C’est pour ça que je suis très interpelé par la vocation baptismale.  En tant que chrétiens, nous avons tous à développer notre vocation baptismale.  C’est très important d’en avoir conscience.  Cette vocation ne demande qu’à prendre chair.  Et c’est ce qui se passe pour moi.  Ma vocation baptismale prend chair, dans un ministère qui n’est pas le ministère presbytéral.  Et cela,  je crois, que ce n’est pas toujours clair et compréhensible pour tout le monde.  

Je vois…et pour terminer…qu’est-ce que tu penses de l’église catholique aujourd’hui ?

Je pense qu’elle est en mutation. J’aime l’église dans son fond, dans ce que l’Évangile nous en fait découvrir. J’aime l’église parce qu’elle a quelque chose à dire et à apporter au monde. Mais pour reprendre les mots de Saint Paul, l’Église (comme le monde) est en enfantement perpétuel. Surtout avec tout ce que nous vivons actuellement, je pense qu’il y a vraiment lieu de relire toutes les expériences que nous vivons en ce temps de crise (même si nous entamons un déconfinement) parce qu’elles sont annonciatrices d’un mouvement, d’un mouvement « de sortie » pour reprendre l’expression chère à notre pape François. Mais ça, nous pourrions en parler la prochaine fois.

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2 réflexions sur “Jean Sadouni : j’ai répondu à l’appel

  • 11 mai 2020 à 18:42
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    Merci pour ton témoignage. Voilà un « chemin ». Je voudrais ajouter l’humilité que tu offres… Humilité offerte au service du plus grand nombre.

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  • 8 mai 2020 à 09:12
    Permalien

    Merci a Jean d’avoir partagé son appel.
    Et merci a Julie pour le travail de journaliste.
    Erwin

    Répondre

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